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Discours d'ouverture de la table ronde sur les LGBTphobies à l'école par le recteur Pascal Jan
Actualités académiques

Mardi 27 novembre 2018, le recteur a ouvert la table ronde "Les LGBTphobies à l'école en Martinique", en présence du Défenseur des droits, Jacques Toubon.

"Monsieur le Défenseur des Droits,
Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités,
Mesdames et Messieurs,

Merci à tous pour votre présence à cette table-ronde consacrée aux LGBTPhobies, sujet essentiel qui renvoie chacun de nous aux rapports que l'on entretient avec les autres, avec ceux qui nous sont différents. L'académie de Martinique s'honore d'accueillir cette rencontre, suggérée par le Défenseur des droits, qui témoigne de la réalité d'une problématique dont les contours et les manifestations sont connus mais qui peine, ici en Martinique mais pas seulement, à investir le débat public, alors même que ce dernier est indispensable pour la prise de conscience collective d'un phénomène de plus en plus marqué.


La lutte contre toutes les formes de discrimination est une mission légale de l'École républicaine qui contribue, à tous les niveaux, à favoriser la mixité et l'égalité entre les femmes et les hommes, à prévenir les préjugés et les violences sexistes et sexuelles. Il en va aussi du maintien d'un climat scolaire serein, propice aux apprentissages.
L'académie de Martinique est pleinement engagée depuis plusieurs années dans ce combat de chaque instant.
Des formations des enseignants et des parents sont organisées, un plan anti-harcèlement annuel (notamment à caractère raciste et de genre) est établi par les établissements, des associations sont mobilisées...

La présence aujourd'hui du Défenseur des Droits, la signature d'un plan d'actions ce matin contre les LGBTPhobies en milieu scolaire et celle prochaine d'une convention avec le Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT, témoignent à la fois de la prégnance et de l'urgence pour l'École de tenir son rang d'institution garante des valeurs de la République dans la lutte contre toutes les formes de discrimination et d'intolérance qui progressent dans la société française.
Cette lutte est un puissant vecteur de la Liberté de chacun, mère d'une société ouverte, bienveillante et tolérante.
Elle est une condition de l'Égalité entre les individus et du respect de la dignité de chacun.
Elle participe d'une manière certaine à la Fraternité que le Conseil constitutionnel a érigé récemment en principe constitutionnel, au même rang que la Liberté et l'Égalité.

Liberté, Égalité, Fraternité, Respect de la dignité de la personne humaine, autant de principes de rang constitutionnel qui participent à notre identité nationale et à notre attachement à une culture européenne progressiste.
Liberté, Égalité, Fraternité, Respect de la dignité de la personne humaine, autant de principes qui sont le fruit de luttes et de conflits qui ont historiquement vaincu l'obscurantisme, le repli sur soi, la peur de l'étranger, le racisme et l'antisémitisme.
Liberté, Égalité, Fraternité, Respect de la dignité de la personne humaine, autant de principes qui doivent vivre à l'École et qui doivent être véhiculés en son sein.

Mais chasser l'Ogre de l'intolérance par la fenêtre, il revient plus fort et sournoisement lorsque l'on abaisse la garde. Ses formes changent, pas ses ressorts fondamentaux. Et il emporte avec lui les plus fragiles.
Cette fragilité, c'est précisément celle des individus qui ne sont pas assez vigilants quant aux signes précurseurs d'un renversement des valeurs humanistes.

L'intolérance n'épouse pas nécessairement tous les contours des années sombres du siècle dernier ; elle n'est pas aussi globale, bien que la période contemporaine ne puisse qu'inquiéter à cet égard. Mais ses ressorts profonds sont bien présents. Ils ressurgissent sporadiquement dans l'espace privé comme public.

Tel est le cas du refus d'admettre les différences de comportement et de pratiques intimes.
Ce refus, souvent issu de préjugés, n'est rien d'autre que la volonté d'imposer par des intimidations, des dénonciations publiques, la négation et la violation des droits fondamentaux individuels, voire des agressions physiques, un mode de vie à chacun, soi-disant conforme à la morale....
La Morale des Intolérants, oui. Pas celle héritière de la Philosophie des Lumières qui demeure le patrimoine commun aux européens.
Ce refus c'est aussi violenter moralement et physiquement des personnes différentes ou qui s'éloignent d'un modèle comportemental qui n'en est un que pour ceux qui n'existent qu'à travers la haine qu'ils portent aux autres.
Les récentes attaques physiques sur des personnes qui ne répondaient pas à cet ordre moral que certains veulent nous imposer témoignent de cette dérive totalitaire des esprits et des agissements d'une partie, heureusement marginale, de la population française.

Il faut prendre garde à ces déviances aux antipodes de nos principes républicains les plus ancrés dans nos consciences.
L'action des institutions, et en premier lieu du Défenseur des droits à travers ses rapports, ses avis et son action au plus près des personnes, et la fermeté de la Justice sont essentielles pour combattre et sanctionner ces attitudes aujourd'hui. Mais le combat en ce domaine ne se prépare bien qu'en amont, à l'École, creuset de la tolérance, de la sagesse, de l'ouverture d'esprit, de la critique raisonnée ; Creuset de la prise en considération, de la défense et de la promotion des droits de l'enfant... Creuset de la citoyenneté, et plus encore de la responsabilité assumée des propos et des actes de chacun.

Le combat est certes immédiat. Il ne peut se contenter d'être éclair.
Les doctrines qui sous-tendent cette intolérance diffuse mais réelle aujourd'hui, fruit d'une profonde ignorance de l'Histoire des hommes et des sociétés et d'un sentiment d'inhumanité, planifient leur plan au long court et reviennent sous d'autres formes : l'homophobie en est une. Le déversement de leur haine dans l'espace public montre, s'il en était besoin, que ces doctrines ont franchi un rempart.
La ligne « Maginot » d'ordre moral que beaucoup pensaient infranchissable après la terreur et la barbarie des années 40 a rompu. Mais voilà, les leçons de l'Histoire, sans être nécessairement un éternel recommencement, se dissolvent dans les mémoires au fil du temps. D'où cet effort constant et sans relâche du travail de mémoire des moments glorieux comme dramatiques. Le moment est venu de réagir avec méthode, vigueur et détermination.

L'Éducation est une réponse, pas la seule évidemment. Mais c'en est une.
L'École transmet aux élèves les valeurs, les principes et les règles qui permettent de garantir le respect de la personne, de ses origines et de ses différences. Si le milieu scolaire doit être protecteur par rapport à de telles déviances, il doit aussi être formateur. Il doit être protecteur et promoteur des droits fondamentaux de tous, à commencer par les droits des enfants, encore trop souvent ignorés volontairement ou non.

Votre présence ici et votre action, monsieur le Défenseur des droits, sont de ce point de vue non seulement salutaires mais décisives pour nous tous.

La signature ce matin du plan d'actions contre les LGBTPhobies en milieu scolaire entre nos deux institutions en est une manifestation concrète.

L'École façonne l'Adulte et la société de demain. Sa responsabilité est, de ce point de vue, à la fois grande et engageante. Elle ne peut s'y soustraire. Elle s'impose à elle."


lgbtphobies

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